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Le profil DISC au travailFaites-nous part de votre enjeu

De l’embauche au départ

Entretien annuel : ce qui s’y dit vraiment, et ce qui s’y décide

Une longue table de réunion bordée de chaises vides

Le rendez-vous porte des noms différents d’une maison à l’autre — entretien annuel, point de situation, bilan — et son utilité ne tient ni au formulaire ni à la durée. Elle tient à une question simple : qu’est-ce qui s’y dit qui ne se dit pas ailleurs ? Dans beaucoup d’entreprises, la réponse est décevante, et ce n’est pas une affaire de méthode. C’est qu’on demande à un seul rendez-vous de faire deux choses qui se contredisent.

Deux entretiens dans le même rendez-vous

Évaluer, c’est regarder en arrière et porter un jugement : ce qui a été fait, ce qui ne l’a pas été, à quel niveau. La relation est asymétrique, et elle a des suites — une appréciation, parfois une décision sur la rémunération ou sur un poste.

Accompagner, c’est regarder devant : ce que la personne ne maîtrise pas, ce qu’elle redoute, ce qu’elle aimerait faire autrement, ce qu’elle n’a pas osé demander. Cela demande exactement l’inverse de la première situation — la certitude que parler ne coûtera rien.

Les deux ne se mélangent pas. Un collaborateur qui sait qu’il est noté ne confie pas ses points faibles, et il a raison de ne pas le faire. Le résultat le plus fréquent est un entretien en deux parties dont la seconde est une formalité : chacun remplit les cases avec ce qui peut être dit sans risque, et le document est classé.

On ne résout pas cette contradiction, on la traite. Trois gestes suffisent à la rendre supportable. Dire à haute voix, en ouvrant, laquelle des deux choses on est en train de faire. Séparer les moments quand c’est possible — le bilan de l’année d’un côté, la discussion sur la suite quelques semaines plus tard, quand l’appréciation est connue et n’est plus en jeu. Et ne pas ouvrir la question du salaire au milieu : dès que l’argent est sur la table, plus rien de ce qui est dit après n’est entendu.

Un dernier point de franchise : demander « parle-moi librement » quand on détient la décision, c’est demander quelque chose qu’on ne peut pas garantir. Mieux vaut dire ce qui est vrai, y compris quand c’est peu — ce qui entrera dans l’appréciation, et ce qui n’y entrera pas.

Ce qu’un collaborateur ne devrait pas apprendre ce jour-là

Il y a des nouvelles qui n’ont rien à faire dans ce rendez-vous, parce que le seul fait qu’elles y arrivent dit qu’elles ont attendu trop longtemps.

  • Que son travail déçoit depuis des mois.
  • Qu’un engagement pris ne sera pas tenu.
  • Que sa fonction change, ou que son équipe est réorganisée.
  • Qu’un collègue s’est plaint de lui.
  • Qu’un objectif est considéré comme manqué, alors qu’il n’a plus été mentionné une seule fois dans l’année.

Une annonce de ce genre occupe tout l’espace : la personne cesse d’écouter à la phrase suivante, et l’heure restante est perdue pour les deux. La règle tient en une ligne : rien, dans cet entretien, ne doit être une surprise, sauf éventuellement une bonne nouvelle. Ce qui suppose que le reste de l’année ait servi à quelque chose.

Ce qui se dit vraiment, et ce qui reste dehors

Ce qui a sa place : des faits datés, pas des impressions générales ; ce qui a changé dans le travail pendant l’année, car c’est souvent la fonction qui a bougé plus que la personne ; ce dont la personne aurait besoin pour faire son travail et qu’elle n’a pas ; ce qu’elle voudrait cesser de faire ; et ce qu’elle sait faire que personne ne lui demande. Cette dernière question est la plus rentable de tout l’entretien, et c’est celle qu’on oublie le plus souvent : ce qu’une entreprise laisse dormir chez ses propres collaborateurs se découvre là, ou nulle part.

Ce qui reste dehors : les traits de caractère servis comme un reproche, les comparaisons avec les collègues, ce que d’autres ont dit sans être nommés, tout ce qui relève de la vie privée, et l’agacement accumulé de celui qui encadre.

Une remarque du type « tu devrais prendre plus de recul » n’est pas un retour utilisable : elle ne dit ni dans quelle situation, ni ce qu’il aurait fallu faire à la place. Une demande devient utilisable quand elle nomme un moment précis et un comportement de rechange.

Les objectifs de l’année qui vient

La seconde moitié de l’entretien produit en général une liste, et cette liste décide de la qualité du rendez-vous suivant. Quatre défauts la rendent inutilisable, et ils se repèrent au moment où on l’écrit.

Un objectif qui dépend surtout du travail d’autres personnes n’est pas un objectif, c’est un souhait : on ne pourra ni le créditer, ni le reprocher. Un objectif dont on ne sait pas dire, le jour où on le formule, à quoi l’on verra qu’il est atteint, ne sera pas atteint : il sera interprété, et l’interprétation dépendra de l’humeur du moment. Deux ou trois engagements se tiennent ; une liste de huit dit surtout que personne n’a voulu choisir, et elle sera oubliée en bloc.

Le quatrième défaut est le plus tenace. Un objectif écrit en début d’année pour un travail qui aura changé au milieu doit pouvoir être réécrit en cours de route, sans que cela passe pour un aveu d’échec. Sinon on conserve une cible devenue fausse par respect pour le document, et les deux parties le savent.

Ce qu’un profil change, et ce qu’il ne change pas

Un profil DISC ne change rien au fond de ce qui doit être dit. Il change la manière d’y entrer, et surtout il prévient deux erreurs de lecture.

La première : prendre le silence pour un accord. Certaines personnes acceptent tout dans la pièce, ne discutent rien, et ne changent rien ensuite ; d’autres contestent sur le moment puis appliquent. Savoir à qui l’on parle évite de sortir de l’entretien avec un consentement qui n’existe pas. Un retour écrit après coup, court, avec ce qui a été convenu, règle une bonne partie du problème.

La seconde, plus gênante, concerne celui qui évalue. On apprécie spontanément ce qui ressemble à sa propre manière de travailler : quelqu’un qui décide vite trouvera lent celui qui vérifie, et méticuleux celui qui vérifie trouvera brouillon celui qui décide vite. C’est là que le profil sert le mieux dans un entretien annuel — non pas pour décrire le collaborateur, mais pour avertir l’évaluateur de son propre biais. C’est aussi l’un des rares angles par lesquels un encadrant peut faire évoluer sa façon de faire sans attendre qu’on le lui demande.

Ce qu’un profil ne change pas : les faits, le niveau attendu, la décision. Il n’est pas un critère d’appréciation et n’a rien à faire dans un formulaire d’évaluation. « Il est comme ça » n’a jamais été une explication, et encore moins une excuse.

Quand l’entretien annuel n’est pas le bon cadre

Certaines questions sont trop grandes pour lui. Quelqu’un qui envisage de changer de métier, ou qui ne sait plus ce qu’il veut, ne peut pas en parler une heure durant avec la personne qui l’évalue : dire « je pense partir » à son propre responsable a un coût immédiat, et personne ne le prend sans raison.

Ces questions demandent un exercice conduit ailleurs, avec quelqu’un qui n’a rien à décider sur la carrière de la personne.

C’est précisément ce que produit un travail structuré sur les compétences, mené hors de la hiérarchie. De même, une difficulté de santé ou une charge devenue intenable ne se traite pas dans un entretien d’appréciation — elle s’y signale, au mieux, et se traite ensuite.

Ce qui distingue un entretien tenu d’un entretien classé

Ce qui est écrit est court, vérifiable, et compréhensible par quelqu’un qui n’était pas dans la pièce. Chaque point convenu porte un nom et une échéance, sans quoi il ne se passera rien. L’entretien est rouvert en cours d’année, ne serait-ce que dix minutes, pour dire où l’on en est — c’est ce seul geste qui distingue un document d’un engagement.

Et le meilleur signe qu’un entretien a servi, c’est que celui qui encadre en ressort avec quelque chose à corriger de son côté. Un entretien annuel ne fabrique pas la confiance : il mesure celle qui existait déjà. S’il est le seul moment de l’année où les choses se disent, aucune méthode ne le sauvera.