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Le profil DISC au travailFaites-nous part de votre enjeu

De l’embauche au départ

Onboarding : le premier mois, vu du côté de celui qui encadre

Un bureau en angle inoccupé, sa chaise encore rangée

Il existe des dizaines de descriptions de l’onboarding, de ses étapes et de ses outils, et elles se ressemblent toutes. Cette page part d’ailleurs : de la personne qui encadre, qui n’a ni service dédié ni plateforme, qui a un travail à faire par ailleurs, et qui accueille lundi matin quelqu’un qu’elle a vu deux fois.

Ce qui suit ne décrit donc pas un processus. Cela décrit ce qui se décide avant l’arrivée et ne se rattrape pas après, ce qu’une personne nouvelle n’ose pas demander, les trois moments où un premier mois bascule vraiment, et ce qu’on voit à un mois quand ça n’a pas pris. Rien de tout cela ne dépend de la taille de l’entreprise ni du canton où elle se trouve.

Ce qui se décide avant l’arrivée et ne se rattrape pas après

Quatre décisions se prennent avant le premier jour, et chacune coûte cher si elle est repoussée.

Qui répond aux questions. Si personne n’est désigné, la nouvelle collaboratrice demandera à qui est le plus proche, et l’image qu’elle se fera du travail sera celle du voisin de bureau. Désigner quelqu’un ne suffit pas : il faut le lui dire, et lui laisser le temps. Un accompagnement confié à une personne déjà submergée se termine en deux jours.

Ce que l’équipe sait de cette venue. L’équipe doit savoir ce que la personne vient faire, et à quoi son travail touche à celui des autres. Quand l’information arrive le matin même, le nouvel arrivant passe ses trois premières semaines à expliquer lui-même sa propre arrivée. Et si la fonction recouvre une partie de ce que fait déjà quelqu’un, ce recouvrement se règle avant, pas « au fil de l’eau » : sinon ce sont deux personnes qui se le règlent entre elles, mal.

Le premier travail confié. Pas un dossier de lecture, pas une semaine d’observation : un vrai travail, de taille modeste, que la personne peut terminer et dont le résultat se voit. Lire de la documentation pendant un mois n’apprend à personne s’il sait tenir le poste, et prive l’encadrant de la seule information qui compte.

Ce qui a été promis pendant le recrutement. Un candidat retient chaque phrase des entretiens ; celui qui encadre, souvent, ne sait pas ce qui a été dit. Un horaire, une évolution, un budget, une formation, un déménagement de bureau : si une promesse ne peut pas être tenue, cela se dit la première semaine, pas au troisième mois, quand la personne s’en apercevra elle-même. C’est l’une des raisons de relire, avant l’arrivée, ce qu’un profil apporte au moment de choisir et ce qu’il ne dit pas : ce qui s’est joué au recrutement continue pendant le premier mois.

S’y ajoutent les banalités qui ne sont pas des banalités : l’accès aux outils, un poste de travail, un badge, une adresse. Une personne qui doit réclamer ce qui devait être prêt dépense son crédit en demandes, et elle le sait.

Ce qu’une personne nouvelle n’ose pas demander

Les questions qui ne se posent pas sont toujours les mêmes, et ce sont les seules qui comptent vraiment.

  • « Est-ce que c’est à moi de faire ça ? »
  • « À qui je m’adresse pour cela, sans passer par-dessus quelqu’un ? »
  • « Ce que je viens de rendre, c’est ce que vous attendiez ? »
  • « Est-ce que je peux partir maintenant ? »
  • « Est-ce que ça se dit, ici ? »

Aucune de ces questions n’est posée, parce que chacune donne l’impression d’avouer quelque chose. Elles se retirent de la charge de la personne d’une seule façon : en y répondant avant qu’elle ait à les poser. Dire à quoi elle a droit, ce qui se décide sans vous et ce qui se décide avec vous, comment la maison fonctionne réellement — qui on interrompt, qui on prévient, ce qu’on écrit et ce qu’on va dire de vive voix, si l’on répond aux messages le soir.

Dire aussi, une fois, que les questions dont la réponse nous paraît évidente sont le travail des premières semaines, et qu’elles ne comptent pas contre elle. Puis tenir un rendez-vous court et régulier, plusieurs fois la première semaine, plus espacé ensuite. Un rendez-vous prévu dispense la personne d’arbitrer chaque fois si sa question mérite de vous déranger — un arbitrage qu’elle tranche presque toujours par la négative, et qui produit exactement ce qu’on voulait éviter.

Les trois moments où une intégration se joue

Ce ne sont ni le premier jour, ni la visite des locaux, ni le déjeuner d’équipe — les trois images qui illustrent d’ordinaire l’onboarding, et les trois qui ne décident de rien.

Le premier travail rendu. Ce qu’on en dit décide de ce qui sera montré ensuite. Un retour précis, donné rapidement, sur ce qui va et sur ce qui doit changer, apprend deux choses à la fois : le niveau attendu, et le fait qu’on regarde. Un « très bien, merci » lâché sans avoir lu apprend autre chose, et cela s’apprend une seule fois.

La première erreur. Elle arrive toujours, et la manière dont elle est traitée fixe pour longtemps ce que la personne vous rapportera. Une erreur reprise en privé, sur les faits, en cherchant ce qui manquait dans les consignes, et l’on entendra parler des problèmes suivants quand ils sont encore petits. Une erreur relevée devant les autres, et l’on n’en entendra plus parler du tout.

Le premier désaccord exprimé. Le jour où la personne dit « je crois qu’on se trompe », elle prend un risque qu’elle a pesé pendant deux jours. Ce qu’elle reçoit à cet instant décide si vous avez recruté quelqu’un qui pense, ou quelqu’un qui exécute. On peut ne pas être d’accord avec elle ; ce qui ne se fait pas, c’est de balayer la remarque parce qu’elle vient d’arriver.

Ce qu’un profil apporte ici, et ce qu’il ne fait pas

Deux personnes ne vivent pas le même premier mois. L’une viendra demander dix fois par jour et il faudra canaliser ses questions vers un moment prévu, sans jamais lui faire sentir qu’elles dérangent. L’autre ne demandera rien pendant trois semaines, puis présentera un travail achevé qui part dans la mauvaise direction — avec celle-là, ce n’est pas la disponibilité qui manque, c’est le fait d’aller voir, et de réclamer du travail inachevé plutôt que du travail fini.

Un profil DISC donne cette indication avant l’arrivée, et c’est son usage le plus solide : il ne sert pas à prédire une réussite, il sert à organiser un accueil. Il suggère aussi la forme du premier retour, courte et directe pour certains, davantage contextualisée pour d’autres. Le fond ne change pas, seulement la façon d’entrer dans le sujet — et un rapport se lit toujours comme une hypothèse, jamais comme une fiche technique.

Ce qu’un profil ne fait pas : il ne dit pas si la personne tiendra le poste, ni quand elle sera à l’aise, ni si elle a envie d’être là. Et il ne sert jamais à expliquer après coup une intégration ratée. « Elle n’a rien dit parce qu’elle est verte » est une phrase confortable : elle transforme en trait de caractère ce qui était un défaut d’organisation.

Ce qu’on voit à un mois quand ça n’a pas pris

Les signes sont dans le travail, et ils se constatent sans interpréter.

  • Les questions se sont arrêtées, et le travail rendu ne montre pas que les réponses ont été comprises.
  • La personne ne parle qu’à vous, ou seulement à une personne de l’équipe.
  • Elle attend d’être sollicitée pour tout, y compris pour ce qui lui a été confié en propre.
  • Elle décrit ses tâches avec les mots de l’annonce, jamais avec ceux du travail réel.
  • Elle ne dit jamais « nous ».
  • La même explication revient une troisième fois.
  • Son travail arrive achevé, à l’heure, et n’a jamais été montré en cours de route.

Ce qui se fait alors est simple et désagréable : dire ce qu’on observe, en termes factuels, sans hypothèse sur les causes, et demander ce qui manque. Le rendez-vous à un mois sert à cela et à une autre chose, plus précieuse : demander ce qui a surpris. C’est le seul moment où quelqu’un voit la maison telle qu’elle est ; un mois plus tard, il ne la verra plus, et ce qu’il aurait dit sera perdu.

Deux de ces signes peuvent aussi annoncer autre chose qu’une intégration manquée — une charge qui ne tient pas, un épuisement qui commence. Ce qu’un encadrant peut observer dans le travail quand quelqu’un s’éteint fait l’objet d’une page distincte sur l’usure et ses premiers signes.

Ce qui dépend de vous, et ce qui n’en dépend pas

Dépendent de l’encadrant : la clarté du premier travail, la personne désignée pour répondre, le retour donné à temps, la promesse tenue ou corrigée, la manière dont la première erreur a été traitée. C’est peu de chose et c’est presque tout.

N’en dépendent pas : ce que la personne vit par ailleurs, l’état de l’équipe avant son arrivée, la réorganisation annoncée quinze jours après, et le fait qu’elle aime ou non ce métier.

Un premier mois n’est pas un examen que la nouvelle collaboratrice doit réussir : c’est un moment où l’organisation se montre telle qu’elle est, et où elle peut encore corriger ce qu’elle a mal engagé.

Un onboarding tenu jusque-là produit un effet secondaire utile : quand vient le rendez-vous de bilan, il n’y a plus rien à découvrir. Ce qui rend possible un point annuel qui ne sert pas à apprendre les mauvaises nouvelles s’est joué pendant les quatre premières semaines.