Aller au contenu
Le profil DISC au travailFaites-nous part de votre enjeu

De l’embauche au départ

Se séparer d’un collaborateur : ce que l’équipe en retient

Des patères vides sous une tablette, une tasse suspendue

Une séparation se juge rarement sur la décision elle-même. Elle se juge sur la manière, et ceux qui la jugent ne sont pas ceux qui partent : ce sont ceux qui restent. Une équipe n’a généralement pas les éléments pour savoir si un départ était justifié, et elle ne les aura jamais. En revanche, elle observe tout le reste — le délai entre l’annonce et le départ, l’ordre dans lequel les gens ont appris la nouvelle, ce qui a été dit de la personne, ce qui est arrivé à son travail. De ces détails, chacun tire une conclusion sur ce qui lui arriverait, à lui, le jour où.

Tout ce qui touche aux motifs, aux formes et aux échéances relève du conseil juridique et de la politique interne de l’entreprise, et cette page n’en traite pas. Ce qui suit porte sur la seule part que l’encadrement maîtrise réellement : la conduite humaine de l’épisode et ce qu’elle laisse derrière elle.

Ce que l’équipe observe, et ce qu’elle en déduit

Une équipe ne raisonne pas sur des principes, elle raisonne sur des précédents. Après un départ, les questions qui circulent sont concrètes et rarement posées à voix haute : est-ce qu’on a essayé de lui parler avant ? est-ce que quelqu’un l’a défendu ? est-ce qu’on l’a laissé partir avec les honneurs ou vidé son bureau un vendredi soir ? La réponse devient une information durable sur la maison, et elle pèse plus lourd que n’importe quel discours sur les valeurs de l’entreprise.

Deux conclusions sont particulièrement coûteuses. La première : « on peut se faire remercier sans avoir été prévenu. » Elle produit une prudence générale, un travail plus défensif, moins d’initiative, moins de signalement des problèmes. La seconde : « on laisse traîner les situations pendant des années. » Elle décourage exactement les personnes dont on a le plus besoin, celles qui portent le travail des autres et qui finissent par comprendre que cela ne changera pas.

Ce qui se dit, et ce qui ne se dira pas

Le partage est simple et tient rarement plus de deux minutes. Ce qui se dit : que la personne quitte l’entreprise, à partir de quand, qui reprend quoi, et à qui s’adresser en attendant. Ce qui ne se dit pas : pourquoi. Non par culte du secret, mais parce que la raison appartient à la personne concernée, et parce qu’une explication livrée à l’équipe se retourne toujours contre celui qui l’a donnée.

L’erreur la plus fréquente consiste à justifier la décision en disqualifiant celui qui part — « de toute façon, ça ne fonctionnait plus », « il n’avait pas le niveau ». L’intention est de rassurer l’équipe ; l’effet est inverse. Chacun comprend qu’on parlera de lui de cette manière le jour où ce sera son tour, et l’estime portée au responsable baisse d’un cran. Il est toujours possible de dire simplement : « Je ne donnerai pas les raisons, elles ne m’appartiennent pas. Ce que je peux dire, c’est comment nous organisons la suite. » Cette phrase-là ne coûte rien et tient des années.

Un point mérite d’être décidé à l’avance : qui apprend la nouvelle en premier. La personne concernée, toujours. Puis son équipe directe, puis les interlocuteurs internes, puis les clients ou partenaires selon ce qui a été convenu avec elle. Une annonce qui circule dans le mauvais ordre transforme une séparation correcte en humiliation, et cela se joue à une heure près.

Une séparation préparée et une séparation subie

La différence ne se voit pas dans le dossier, elle se voit dans le visage de la personne au moment de l’annonce. Dans une séparation préparée, elle n’apprend rien de nouveau : ce qui posait problème lui a été dit, à une date, en des termes qu’elle a pu contester, et elle a eu une occasion réelle d’y répondre. La décision peut rester douloureuse, elle n’est pas une surprise.

Dans une séparation subie, la personne découvre le jour même un reproche accumulé depuis des mois. C’est la situation la plus destructrice pour tout le monde, y compris pour l’encadrement, qui se retrouve à défendre une décision qu’il n’a jamais préparée. Elle vient presque toujours de la même chose : des entretiens où l’on a évité le sujet parce que l’ambiance était bonne ce jour-là. Un entretien qui nomme ce qui ne va pas quand il en est encore temps n’empêche pas une séparation ; il évite qu’elle soit vécue comme une trahison.

Il y a d’ailleurs un test simple, à se poser avant toute décision : si la personne demandait « depuis quand le sais-tu ? », la réponse serait-elle présentable ?

Ce qu’on doit à la personne qui part

Des dates claires, dites une fois et non modifiées. Une réponse à ses questions pratiques, ou l’indication de qui y répondra. La possibilité de terminer proprement ce qui peut l’être, plutôt qu’un travail abandonné à mi-chemin qui donne le sentiment que rien de ce qu’elle a fait ne comptait. Le choix de la manière dont elle dit au revoir, y compris celui de ne rien dire. Et un minimum d’attention aux gestes matériels, parce qu’ils sont les seuls dont l’équipe se souviendra en détail.

On lui doit aussi de ne pas confondre la fin d’une collaboration avec un verdict sur sa valeur. Une personne peut être compétente et ne pas convenir à ce poste, dans cette organisation, à ce moment. C’est fréquent, cela se dit, et c’est la seule formulation qui permette à quelqu’un de repartir sans avoir à se reconstruire entièrement.

Ce qu’on doit à celles et ceux qui restent

C’est la part la plus souvent oubliée. Un départ laisse du travail, et ce travail se répartit de lui-même si personne ne le répartit — c’est-à-dire sur les deux ou trois personnes les plus consciencieuses de l’équipe, qui ne diront rien et qui s’épuiseront en silence. Une séparation bien conduite comprend donc une décision explicite : ce qui est repris, par qui, jusqu’à quand, et ce qui est purement et simplement arrêté en attendant.

Le reste suit : dire si le poste sera repourvu, ou qu’on ne le sait pas encore, plutôt que de laisser l’équipe deviner. Ne pas demander aux collègues de combler le vide en plus de leur travail pendant six mois sans le nommer. Et accepter qu’un départ, même justifié, demande un temps de remise en route à ceux qui restent. Ce sont d’ailleurs les mêmes ressorts qui font qu’une organisation garde les gens qu’elle a : la charge dont quelqu’un répond, et la parole tenue.

L’entretien de départ, et ce qu’il apprend vraiment

Il est presque toujours trop tard, et ce qu’on y entend est filtré. Quelqu’un qui part ménage ses arrières, protège ses anciens collègues et dit une version acceptable des choses — surtout dans un départ contraint. Un entretien de départ isolé n’apprend donc pas grand-chose de fiable.

Ce qu’il apprend, c’est autre chose, et c’est plus embarrassant : le plus souvent, l’information était déjà disponible. Les raisons données au départ avaient déjà été évoquées en réunion, dans un entretien, ou dans un couloir. La vraie valeur de l’exercice est là — mesurer l’écart entre ce que l’encadrement savait et ce qu’il en a fait. Il devient utile quand on le lit sur plusieurs départs à la suite, où le même motif finit par revenir. Un motif qui revient trois fois n’est plus une affaire de personnes.

Ce qu’un profil ne règle pas ici

Un profil DISC ne dit pas de qui il faut se séparer, et il n’a rien à faire dans une décision de ce type. Il ne fournit pas non plus d’explication rétrospective : attribuer un échec au profil de la personne — « avec ce genre de fonctionnement, cela ne pouvait pas marcher » — dispense d’examiner la seule question à ne pas éviter.

Ce que le poste, la charge et l’encadrement y ont contribué ne se lit dans aucun profil : cela s’examine, et cela se décide ailleurs.

Là où le sujet est légitime, c’est en amont : sur ce que le profil n’indique pas au moment de recruter, et sur les semaines qui suivent l’arrivée. Une part des séparations précoces se décide pendant le premier mois, quand personne n’a dit au nouveau venu ce qu’on attendait de lui. Le successeur, lui, arrive dans une équipe qui a regardé comment son prédécesseur est parti — et qui en a déjà tiré ses conclusions. Dans un bassin d’emploi restreint, où les milieux professionnels se recoupent, cette réputation-là circule bien au-delà de l’entreprise, et c’est le recrutement suivant qui la paie.